Plougasnou dans le Finistère (29) en Bretagne
Ceux qui ont séjourné ou qui sont passés à Saint Jean du Doigt entre 1955 et 1975 se souviennent de la petite maison en haut du bourg dont la façade s'ornait des toiles de Marguerite Baudouin depuis le dernier dimanche de Juin (jour du pardon) jusqu'au dernier jour des vacances scolaires. Originaire de Morlaix, elle a séjourné tous les étés dans le bourg, puis s'est installée définitivement au Runiou près du Guerzit en Plougasnou où son atelier était ouvert au public.
Autodidacte, elle a débuté sa carrière ici à Saint Jean du Doigt, qui fut de 1850 à 1940 environ, très fréquenté par de nombreux et renommés peintres américains, anglo-saxons et français comme Léopold Pascal et qui eut sur Marguerite une folle influence.
Marguerite maniait aussi bien le couteau de la peinture à l’huile
que le pinceau de l'aquarelle. Les sujets qui l'inspiraient étaient variés
mais, compte tenu de l'environnement, on n'est pas surpris de trouver en
premier lieu des paysages marin, puis la campagne bretonne.
Les sites marins les plus représentés sont la plage Saint
Jean du Doigt, le port du Diben, la baie de Morlaix vue depuis Térénez, puis,
en s'éloignant un peu Locquémeau, Camaret, pour ne citer que les plus connus.
Pour les paysages, on note une prédilection pour la campagne
environnante avec ses maisons basses, les prairies fleuries et les champs de
blé en javelles tels qu'ils existaient il y a encore peu de temps.
Elle excelle aussi dans la représentation des bouquets
richement colorés. Ne soyez pas étonné d'apercevoir ici ou là une nature morte
ou un portrait ... tout l'inspirait et la conduisait à exprimer son talent.
Marguerite a vécu pleinement sa vie d'artiste pendant une
quarantaine d'années et on ne peut citer toutes les expositions effectuées au
cours de sa carrière. En fait il n'y a pas de lieu dans l'arrondissement de
Morlaix où Marguerite n'ait pas présenté chaque année plusieurs de ses œuvres,
l'exposition la plus connue et la plus fréquentée étant, bien sûr, celle qui
couvrait les murs intérieurs et. .. extérieurs de sa petite maison de Saint
Jean du Doigt tous les étés.
De même, nombreux sont les foyers dans le petit Trégor où
une de ses œuvres figure en bonne place. D'autres tableaux sont partis bien
plus loin, et même sur d'autres continents, acquis par des vacanciers de
passage qui voulaient emporter dans leurs bagages un peu de cette lumière
exceptionnelle propre à notre chère Bretagne.
Parmi la diversité des sujets, des styles et des techniques,
il y a à la fois une constance et une évolution marquante chez Marguerite
BAUDOUIN. En Effet, quelle que soit la période, point de mollesse chez elle.
Partout l'affirmation d'un talent singulier. Du réalisme de ses débuts à
l'impressionnisme de la fin, assumé pleinement, nous assistons à un parcours
volontaire dont la vigueur ne s'arrête pas en chemin. Et c'est avec la peinture
à l'huile qu'elle affirme le mieux ce talent. Dans les années 60, tout est
fortement marqué. La réalité est âpre, pesante : ciels gris, végétation sombre
aux troncs d'arbres torturés, maisons délimitées nettement, presque durement
comme encloses dans leur architecture simple. Les couleurs, atténuées dans leur
éclat, mêlent la terre et le ciel, les bistres aux bleus ; le couteau les étale
par larges touches, fortement appuyées sur la toile - poids des choses - poids
du monde ("Traon Véniec", "Marines"...)
Mais dans les dernières années, à l'âge de la maîtrise, il y
a ces cadrages où la nature envahit la toile, ce premier plan prédominant,
comme agrandi, le végétal cache les maisons, repousse un ciel devenu
anecdotique, réduit à une vapeur lumineuse, quasiment évacué ; où les fleurs
comme un semis de couleurs fraîches, presque sorties du tube, vont à l'assaut
du tableau, "mangent" toute la toile ("La jardinière",
"les coquelicots"...). On assiste à une véritable immersion dans le
jaillissement des couleurs. Et les voici qui "dansent" la lumière, se
mettant à bouger entre elles, non pas harmonieuses, mais libres enfin, en
autant de vibrations dédiées à leur intime célébration. Point de référent
lumière autre que les couleurs elles-mêmes.
Et cette femme seule, dans le secret d'un jardin, courbée à
sa tâche, dans l'humilité d'un travail toujours recommencé, cette artiste
assiégée pour toutes SES couleurs, n'est-ce pas Marguerite plongée au cœur de
sa palette?